A Tunis, les taxis-scooters Intigo veulent pallier les insuffisances des transports publics

Ils défient les embouteillages autant qu’ils bousculent les codes. En ce début d’année 2020, les taxis-scooters Intigo sont devenus le mode de circulation dernier cri à Tunis, au point que les clients n’oublient pas le selfie en fin de course. Fondateur et dirigeant de l’entreprise, Bassem Bouguerra est ravi d’avoir réussi à « transformer les deux-roues en un moyen de transport tendance ».

« Le transport est la principale préoccupation des Tunisiens que nous avons interrogés », rapporte l’entrepreneur, pour qui Intigo pourrait « reconfigurer le marché du transport dans les grandes villes du pays ». Son rêve : que sa jeune entreprise suive le développement de Gojek, une grande sœur indonésienne née en 2010 avec 20 scooters et riche aujourd’hui de plus d’un million de conducteurs.

S’il lui reste un peu de chemin, les 2,6 millions d’habitants de Tunis et ses environs ont effectivement besoin d’un mode de déplacement efficace. Dans cette ville de plus en plus peuplée et de plus en plus étendue, où bus et métros ont des horaires aléatoires et sont en nombre insuffisant, le transport reste un parcours du combattant quotidien. Le réseau ferroviaire rapide (RFR), un train de banlieue express initialement promis pour 2013, accuse quant à lui des années de retard.

Au ministère des transports, on considère cependant que « ce n’est pas le taxi-scooter qui résoudra les problèmes » de circulation que connaît la capitale : « Un métro a une capacité de plusieurs centaines de passagers, imaginez l’équivalent sur des scooters », insiste un haut fonctionnaire.

Cartes grises confisquées

Le taxi classique pourrait être un recours si les chauffeurs emmenaient vraiment leurs passagers là où ils doivent se rendre. Or ils sélectionnent fréquemment leurs clients en fonction de leur destination, avec un principe : plus c’est long et dégagé, plus c’est rentable. Bien qu’illégal, le procédé est répandu et souvent justifié d’un laconique « je rentre déjeuner », « je vais prier » ou… « tu n’es pas sur ma route » ! Intigo a d’ailleurs choisi « Toujours sur ma route » comme slogan, ce qui, au-delà de la plaisanterie, a eu le mérite de clarifier son positionnement.

Moins chers, moins énergivores et faciles à commander via une application mobile, les scooters Intigo – une cinquantaine pour l’instant – ont fortement déplu aux syndicats de taxis, qui les voient comme des « intrus ». Une polémique a même agité le pays, que Bassem Bouguerra a utilisée comme une « opportunité inespérée de communication ». Plateaux télé et radios, unes des journaux… Il a été sur tous les fronts pendant plusieurs jours, défendant son image de jeune entrepreneur innovant face à des groupes rétifs au changement et incapables d’adaptation.

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Son projet a aussi connu un certain retard à cause des aléas administratifs. « Ce qui est tuant avec l’administration tunisienne, ce n’est pas le refus, mais le flou, le “ni oui ni non”, dit-il. La législation n’est pas adaptée à des modèles économiques de type Uber. » Les règles tunisiennes ne prévoient en effet que deux possibilités : la location de véhicule ou le transport public de personnes, et rien entre les deux. Quand près de la moitié des scooters ont été immobilisés et les cartes grises confisquées par la police de la circulation, « on a failli abandonner », se souvient celui qui avait été candidat aux législatives de 2014 sur la liste d’Afek Tounes, un parti libéral.

Interrogé sur le sujetHabib Ammar, le directeur général des transports terrestres en Tunisie, botte en touche : « Nous savons que certaines cartes grises sont confisquées, mais le contrôle sur le terrain ne relève pas de nos compétences. Nous sommes une administration technique et ne prenons pas de décisions politiques. » Finalement, des semaines ont été nécessaires pour qu’Intigo et l’administration parviennent à un compromis permettant de considérer l’activité des taxis-scooters comme une « location avec chauffeur »Une formule qui permet aux deux-roues de continuer de braver les bouchons, même si elle oblige le client à signer un document à chaque course.

Article paru sur Le Monde : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/01/30/a-tunis-les-taxis-scooters-intigo-veulent-pallier-les-insuffisances-des-transports-publics_6027841_3212.html

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